Ne vous laissez pas berner par l’appellation « Uji » !

Ne vous laissez pas berner par l’appellation « Uji » !

Saviez-vous que le « thé d’Uji » n'est peut-être pas réellement produit à Uji ?

En se basant sur les statistiques du ministère de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche ainsi que celles de la préfecture de Kyôto, la production totale de thé brut de la préfecture de Kyôto en 2024 s'élevait à 2’492,4 tonnes (1). Parmi celles-ci, le tencha ne représentait que 1’057,0 tonnes (tencha de la récolte d'automne non compris) : le tencha, ce sont des feuilles de thé réduites en paillettes qui une fois broyées donneront le matcha. Le matcha dit de cérémonie ne peut être réalisé qu’à partir de tencha issu de la récolte de printemps. Ces chiffres correspondent à 20 % (!) de la production de tencha au Japon (hors toutes petites productions de type « familial » (2)). 

Autrement dit, 80 % du matcha japonais ne provient pas de Kyôto. Qui plus est, comme en atteste la carte ci-dessus, la commune d'Uji ne représente qu'une toute petite partie de la préfecture de Kyôto. Pourtant, on voit fleurir la mention « ceremonial grade Uji matcha » dans les cafés du monde entier. Est-il possible qu’une aire de production si réduite arrive à satisfaire la demande mondiale ? Il existe plusieurs explications à cette bizarrerie.

À partir de 2004 la zone d’appellation « origine Uji » a été étendue par les autorités, elle recouvre désormais la production de quatre préfectures : Kyôto mais aussi les voisines Nara, Shiga et Mie. Le cahier des charges stipule que les feuilles de thé doivent être transformées par des fabricants de la préfecture de Kyôto selon les méthodes traditionnelles de la région d'Uji (3).

Dans le monde du thé japonais, on entend souvent qu'un assemblage de différents thés, dont une partie originaire d’Uji, permet d’afficher « origine Uji » pour le lot qui en résulte. Plus surprenant encore, on soupçonne, au vu de cette abondance de matcha d’Uji, que les contrôles d’origine ne seraient pas une priorité de l’État japonais. Cela reste néanmoins une hypothèse. 

Enfin, pour compléter le tableau, la découverte l'année dernière de matcha chinois étiqueté « Uji » a fait grand bruit dans l’Archipel (4).

Notre conclusion ? Une demande aussi forte et lucrative risque d'engendrer des dérives, si elles n'ont pas déjà commencé. Dans la mesure où d’autres terroirs produisent également d’excellents matcha (Nishio, Shizuoka ou Kagoshima), il serait peut-être temps d’arrêter de fétichiser le thé d'Uji : le plus célèbre n’est pas systématiquement le meilleur. N'hésitez pas à goûter différents thés d’origines diverses, c’est aussi ça qui fait la richesse du thé japonais !

Références :
1. Prefecture de Kyoto
2. Fédération nationale des associations de producteurs de thé
3. Chambre de commerce du thé de la préfecture de Kyoto
4. The Asahi shinbun

📷 Wazuka, Kyoto

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